Projet Dixit

  • Grève de la faim pour des papiers - St Denis (93) - 29/11/09

Déclaration d'intention du projet

Représenté-e-s, nous le sommes sans cesse. Et partout, sur cette représentation, se font des carrières. Les carrières politiques des « représentants », qui à chaque élection « prennent » nos voix. Les carrières syndicales des délégués à vie, prompts à casser les mouvements sociaux qui « débordent ». Les carrières des banquiers, des sondeurs, des DRH, les carrières des conseils d’administration.
Tous, dans leurs chiffres nous enferment : volumes monétaires, opinions agrégées, chiffres d’affaire. Tous savent pour nous mais nous ignorent. Tous veulent pour nous, ce qu’ils veulent.
De nous, ils ne savent rien. En tous cas, rien d’autres que leurs représentations supposées nous cerner.
Elles ne nous cernent pas. Elles ne nous disent pas. Mais elles fondent leurs carrières, et parfois les boostent.
Nous allons faire une chose simple, trop longtemps différée. Nous passer d’eux. Nous passer des représentants, des directeurs d’entreprises, des directeurs de conscience, des directeurs d’opinion. Les outrepasser.
Congédier les porte-parole de toutes espèces. Parler sans leur intermédiaire. Parler sans intermédiaires. Reprendre notre voix.
Jamais la presse ne fut si concentrée, si contrôlée. Elle s’écrit « au bureau », sans enquête, sans bouger. Prolifération d’articles vite faits mal faits, projection naïve des présupposés du journaliste dans les papiers, répétition des mêmes informations issues des mêmes informateurs (sources officielles, porte-parole autorisés, économistes de banque, sondeurs, ministères…). Et constamment le mépris qui s’étale. Qui folklorise les paroles et les pratiques populaires. Ou qui réduit les connaissances des chercheurs à faire-valoir des opinions toutes faites. Partout, cette connivence envers les puissants qui filtre les analyses, la censure intériorisée qui fixe les préséances. La presse est devenue commerce, dispositif publicitaire, marchandise parmi d’autres. Exit les journalistes qui dénotent, dérangent, résistent, persistent et ne plient pas. Remplacés, déplacés, normalisés.
Nous voulons un autre espace, où ceux que la presse fait taire reprennent droit de dire ; pouvoir de se représenter, de représenter ce qu’ils vivent, d’exprimer ce qu’ils savent, au lieu d’être défaits, toujours, du sens qu’ils donnent à ce qu’ils font. Redonner, sans hiérarchie et à chacun, la faculté de dire sans être mis en spectacle par les professionnels du dernier mot.
Bref, diffuser ce que savent déjà ceux dont les mots restent interdits.
Nous nous permettrons tout. Sans distinction, vitupérer, argumenter, admirer ou honnir. Futiles ou trop savants, de mauvaise foi et de mauvais goût, rigoureux, débridés, pourquoi pas ? Mais à bas bruit ou avec éclat, autoriser les chiffres et les mots qui font mal, les rencontres mélangées, les tête-à-tête improbables. Et la mémoire des luttes anciennes ou actuelles, pour encourager celles qui viennent.
Nous serons infidèles. Infidèles, entre autres, à tous les partis. Sauf au parti d’en rire. Infidèles à nous-mêmes, nous l’espérons, car ce serait encore trop contrôler l’espace.
Nous n’avons qu’un parti-pris : déplaire à ceux qui plaisent.
Ce site ne sera pas exercice de salon, ou bien salon des refusés. Avec pour seule règle, la parole directe - de n’importe qui, pour dire n’importe quoi. Et que les refusés prennent leurs aises.
Il n’y a rien d’original. Ce projet date. Sartre et Foucault l’appelaient « Agence de Presse Libération ». Le 18 juin 1971.


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